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29.10.07 18:28


Olivia a survécu à Lyon. Et m'a survécu.

Je tenais - en effet - à rassurer ses compatriotes. J'ai effectivement fait mon maximum pour éviter qu'on ne la viole, lorsqu'à deux heures et demi du matin, nous rentrâmes enfin de notre concert, à pattes parce que plus de métro, de bus, de choses qu'on nomme transports en commun.

Oui, nous avons bien croisé nombre incalculable de prostituées, oui, nous avons bien vu un viel exhibitionniste en pleine action, du moins, je n'ai vu que son visage, mais Olivia a tout vu, et conséquence directe, n'a fermé l'oeil du reste de la nuit, mais on a survécu. D'ailleurs elle est très belle Olivia, mais comme elle a un amoureux, oubliez ce que je viens de dire.

Mais j'ai pas envie de parler. C'était juste pour rassurer ceux qui se demandent si la Saône avait emporté son corps. Réponse négative.

7.10.07 20:57


 Je t'attends.

Parce que jeudi.

Tu seras là.

 



Jeudi, j'irai chercher la belle Olivia à la gare. Nous serons probablement les deux hybrides face à la mode du string apparent. J'espère que notre timidité se fera la belle, car je compte bien profiter de ce moment rare et privilégié.

Nous serons les plus belles.
Pour les écouter.




La péniche s'écoulant.
Un fleuve juste sous nos pieds.

Autremment les cases s'alignent. Toutes de la même taille, au centimètre près. Quatre heures de théâtre ce matin, j'en ai oublié ma timidité. Mimer une fille qui va aux toilettes devant ma nouvelle classe, je pensais pas le faire. Je me disais change d'idée, il faut que tu donnes une identité à ce carton, les uns en ont fait un nourrisson, d'autres un chien, tu vas pas en faire un... ben si. Je me suis approchée, le visage tordu car quand on a envie, on a envie, j'ai retourné le carton, lancé mes cheveux derrière mes épaules tout en détachant une ceinture imaginaire, baissé un pantalon imaginaire, pour m'assoir sur le carton, en sifflotant, l'air de dire ça vient, ça vient. La classe rirait, j'avais gagné mon pari, mon sketch, leur prouver que je ne suis pas une fille froide et sans coeur.

J'ai laissé durer le plaisir, avant de ne tirer la chasse imaginaire.

Quand même.

2.10.07 23:14


 © Marion

Je suis ton corps, et je te parle. Ecoutes moi.

Ce jeûne ne me sert à rien. Oui, j'ai beau me le répéter, je ne compte, ou ne veux, voir ne peux, l'arrêter.

Je suis ton corps, et je te parle. Ne recommences pas.

Comme avant, mais plus rapidement, ma tête se dérègle. En cours, les lignes de la feuille s'entremêlent, je cligne des yeux pour les recentrer, de mon écriture en escalier. Un kilo de plus perdu, ce matin. A en oublier crampe et épuisement.

Du 1m73 pour 51 kg. J'en exige dix de moins.

Dans le métro, j'analyse les fleurs de Bach que je viens d'acheter pour aider mes émotions, un jeune homme aux longs cheveux noirs lui coulant sur le visage me fixe. Indifférente, je lis, puis ferme les yeux, me laisse bercer. Dix minutes passent, j'ouvre les yeux, le jeune homme n'est plus là. Deux stations se sont écoulées depuis la mienne.

Et ces putain de quatre étages, je ne parviens plus à les grimper en courant. Cela vaut-il le coup, d'entrer dans ma fameuse robe ridicule puisque nous sommes en automne ? J'ai attrapé une pomme, pour finalement la reposer.

" Si je n'en mange qu'une moitié, je vais tout dévaster, je me connais. Tout ou rien sera mon épithaphe. Merde. "

 

 

© Marion

1.10.07 11:59






Vendredi soir, j'avais invité Flora.

Flora, c'est comme qui dirait ma meilleure amie depuis la sixième. Car dans une classe, les pestiférées finissent toujours par se lier d'amitié, c'est bien connu. Je me souviens encore du premier jour : j'étais contre la fenêtre à pleurer, elle devant au centre, le regard absent. En quoi ces positions dans la classe nous ont réunies, ne me le demandez pas. Tout ce que je sais est que les grands crétins qui se moquaient de nous anciennement nous draguent désormais, il y a vengeance à tout, même si cela me fait profondément pitié. La petite gamine à lunettes, en salopette, les cheveux pas coiffés qui s'en prenait plein la gueule, maintenant, quand elle passe devant eux, le regard provocateur et les mains dans les poches de son jean, elle sourit de voir un tel tableau. Parce qu'ils bavent comme des porcs ces cons qui n'ont pas quitté le village et vivront à jamais avec leurs vaches.

Au lycée, j'ai opté pour l'internat afin d'être avec elle. La CPE nous avait dans son bureau toutes les semaines, ne sachant plus quoi faire. Les fugues en escaladant la barrière, le soir, pour aller marcher sur les rails. Cette fois où, petite soirée illégale, nous tombâmes justement sur madame la CPE qui arrivait au lycée... et nous trouvait en dehors du réglement. Son discours était risible, nous terminâmes la soirée en une bataille d'eau qui déséspéra toutes les autres internes, qui ne furent pas déçues du spectacle lorsque les pionnes nous tendirent balais et serpillères pour nettoyer. Mais ce que je préférais, c'était quand elle allait se doucher; Je prenais mon bol à thé, le remplissait d'eau froide, lorsque j'entendais l'eau s'arrêter pour se savoner, je lançais le contenu par dessus la porte. Ses cris doivent encore résonner dans les couloirs lugubres du bâtiment.
J'avoue, c'était souvent moi qui l'entrainait dans la minuscule délinquance. La cantine étant dégueulasse, nous descendions par derrière, par une porte réservée aux pions que nous avions légèrement obstruée pour des utilisations illicites. La cuisine, en bas, était immense. Nous autres, internes, avions un placart non fermé pour poser nos petits déjeuners favoris : céréales, chocolat... alors que voulez vous, avec Flora, on remontait tout, et on cachait tout ça sous le lit. Une nuit cependant, alors que nous marchions dans l'immense cuisine, quelqu'un de forcément nocif nous entendit. " Bordel y'a des élèves ! ". Flora a paniqué, je l'ai tiré par la manche pour sortir par derrière. Nous courrâmes dans la rue, escaladâmes le grillage et grâce aux portables, avons appelé une collègue de chambre pour venir nous ouvrir. Elle me fit ce jour à le plus beau compliment de toute ma vie :

" Tu es la personne qui a le plus de sang froid que je connaisse, sans toi on se serait faites prendre ! "

Il y avait aussi les passages comiques. Un soir où mademoiselle avait trop insisté sur la bouteille, que je la ramenais en la tirant, elle s'arrêta et montra du doigt un coin sombre de la cour. Je ne comprenais pas. " Marion ! Regardes, le buisson flamboyant du Christ !". Je savais que l'alcool était désastreux, mais à ce point là.

Bref. Depuis qu'elle fait ses études en Espagne, je me sens bien seule, à me geler en France. Donc vendredi, je frôlais l'hystérie lorsque je suis allée la chercher à la gare. Flora, je me demande si il lui arrive parfois de déprimer, c'est un antidépresseur vivant. Elle chante, elle rit, jamais je ne l'ai vue triste. Ne pas avoir été dans sa classe au lycée me fut difficile. Je la voyais se faire de nouveaux amis - qui peut ne pas l'aimer ? - et cela m'attristait. Je mettais Mylène Farmer dans mes oreilles en la regardant s'éloigner de moi, aller boire avec de nouvelles connaissances, tester de la drogue, devenir autre. Je me disais je l'ai perdue. Et pourtant aujourd'hui, elle est restée la même.

Bref. Elle revenait d'Espagne, où elle fait son master. Je me souviens, elle voulais faire puéricultrice avant. Nous avons un rituel : des nuits blanches " films d'horreur ". Le problème fut que nous parlâmes tout le long des films, sauf dans Hostel, où lorsque le chocolat ( pour les nerfs ) tomba sur le sol, nous hurlâmes en croyant véritablement qu'un russe se tenait derrière nous avec un tournevis pour nous faire des piercings dans le ventre.

Je sais que j'irai la voir, à Madrid. Ma Flora, mon météore lumineux qui combatterait Godzilla.
Je constate de plus en plus les vertus de l'amitié. Seule la solitude tue.

Et puis quand même, vous en connaissez beaucoup, vous, des amis qui ont un chat sans nom ?

30.9.07 21:45


Le dimanche matin ? J'achève ma nuit blanche !





Elle ne dort plus beaucoup.

Une ou deux heures, par ci, par là.

En rentrant des cours, le soir, jusqu'à l'heure du repas qu'elle ne prend pas. Entre midi et deux, elle n'a pas le temps, juste celui de courir après le bus, grimper les quatre étages, éviter d'écraser le chat, changer de matériel, redescendre les quatre étages, hurler derrière le bus qui s'éloigne et retourner poser les cartes de son avenir.

Quelque part, un nouvel style de vie s'est imposé - si ce n'est elle qui l'a souhaité - depuis tout diffère.

Cinq kilos sont partis. Ce n'est pas la faim le problème, elle est facile à gérer la faim. C'est cette sensation de vide, d'avoir besoin de mettre quelque chose dans ce trou noir qu'est notre bouche, regretter ce temps où l'on mâchait. Il y a un manque, c'est normal, mais aussi le prix à payer pour se mettre en danger.
On verra jusqu'où elle ira. Ce qu'il ne faut pas dévoiler, c'est que sa grève de la faim est juste un moyen stupide de montrer qu'en fait, elle va pas si bien que ça. Oui elle va mieux, mais pas autant que ça. Alors comme les mots ne suffisent pas, elle va chercher plus loin, du côté des os.

En ce qui concerne le sommeil, c'est différent. Elle aime se sentir flotter, au bout de trois jours d'insomnie, le regard flou, un peu nauséeuse et comme dans un rêve. La nuit possède un temps. Un temps que peu utilisent.

La nuit elle peint, dessine, révise, apprend, analyse, evnvisage, écrit, invente, crée.

Mais comme son moral tient le choc, elle ne cesse ce nouveau régime. Lyon était si belle ce matin à cinq heures, lorsqu'elle ést allée poser une lettre qu'une lanterne allumera bientôt.

La semaine va être chargée. Non, pas à cause des quatre heures de théâtre mardi matin, mais par qu'elle le pressent. Il y a une petite étincelle cependant, jeudi, elle ira à la gare, mi excitée mi intimidée, afin de receuillir une petite internaute dont elle ne sait s'il faut énoncer le nom : après tout, elle aime les secrets. Elles iront, en grandes dames, sur une péniche, l'eau ondulant sous leurs pieds, pour écouter des notes et des chants contre un papier doré.

En attendant, elle tape encore son numéro, mais jamais de réponse. Elle panique, elle se dit qu'elle est allée trop loin, qu'elle vient de perdre celle avec qui les après midi flamboyaient. Alors elle le murmure si la demoiselle passe entre ces lignes.

Hélène... pardonne moi.... tu me manques beaucoup trop.
30.9.07 10:27


_Les dix commandements pour la rentrée_

 © Marion

1) Stopper cette fâcheuse tendance gothique. Plier soigneusement mes vêtements à cent euros pièce, dont je ne vous cite la couleur, et les placer délicatement dans une boite en plastique que je glisserai sous mon lit. Prévoir de les sortir pour les grandes occasions, les coups de blues, les coups de tête. Oh et porter mon pentacle dans l'autre sens.

2) Cesser de penser que mon asocialité est inccurable, en effet, vendredi dernier je riais avec trois élèves de ma classe jusqu'à ce que l'une d'entre elle me chuchote : Marion... y'a le prof qui te regarde. Effectivement plus personne ne parlait mais me fixais, moi je venais de glisser un mot à Emilie : la blague des deux steaks, parce que franchement, on se faisait chier. Je suis parvenue à éviter que l'homme ne la lise tout haut en faisant des confettis. Et depuis, j'ai peur des steaks cachés.

3) Prendre soin de moi, comme le dit mon psychiatre. Alors, photo en guise de preuve, j'ai appris à me maquiller "comme une fille ". Enfin, dans le sens, pas trois tonnes de noir sur la paupière, sous la paupière, le tout cerné au crayon noir et au mascara de la même teinte, sans parler de la bouche ébène et le teint cadavérique du fait d'acheter de la poudre blanche dans mon magasin goth préféré.

4) Ne plus aller dans ce magasin, justement. Ni dans celui d'à côté où j'ai toujours des réductions.

5) Gérer mon argent. Mais ça je saurai jamais faire. Donc mes parents sourirent en m'offrant une carte ( verte en plus ) bloquée à cinquante euros par semaine. Donc j'achète des livres, des trucs pour dessiner, des enveloppes colorées, transparents, de la peinture, des cartes postales, et au final, je maigri. Parce qu'à la fin, ben y'a plus rien pour acheter une noisette. Et ça marche, moins cinq kilos déjà, l'anorexie s'est glissée sous ma carte bancaire, "l'autre carte" comme il l'est si bien indiqué dessus, merci le crédit agricole.

6) Ne plus faire semblant de me battre contre la dépression. Je sais que je l'aurai, enfin, je ne sais pas comment, mais je le sens. Mon psychiatre dans une poche, mon Dexocat dans l'autre, l'oeil de Monsieur Chabat et la tête haute, je crois que j'peux l'faire.

7) Réussir ( enfin ) mes études. Ca a bien commencé, la timide n'est plus, elle répond enfin aux profs même quand ils ne la questionnent pas, elle dort plus ( voir l'heure ) pour travailler, et parce que ça la stresse, je vaincrai les autres et on m'appellera Marion la Grande, vu que mon petit ami s'appelle....

8) Faire du sport, mais pas pour perdre des calories. Quoi que, dans ce cas là, pourquoi faire du sport.

9) Ne plus dire je t'écris dès que je peux et ne pas écrire du tout, reprendre mes bonnes habitudes épistolaires.

10) Arrêter d'écrire des conneries genre ces commandements juste parce que je supporte plus de lire les méandres de l'antiquité grecque.

30.9.07 01:55


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